Fanm Kreyol

Le projet Fanm Kreyol, de Tessa Naime  en hommage aux femmes créoles.

                                       

Dans l’ouvrage Fanm sé Lanmou, précédant le roman Fanm Kreyol de la même collection, je l’avais écrit :

« Les écrivains avaient été les premiers observateurs du changement sociétal. Nous assistions à une révolution féminine, que nous devions retranscrire sur notre papier blanc. Nos femmes antillaises accaparaient progressivement le Monde, alliant savoir et pouvoir. Elles occupaient des postes influents, elles partaient étudier, elles s’ouvraient aux autres cultures. Elles entreprenaient, laissaient leurs traces écrites, vivaient de leurs talents. Leur élévation n’était que trop récente, basculant de la femme traditionnelle à la femme moderne indépendante. Il fallait reconnaître que l’histoire était en train de se renouveler ».

Pourquoi écrire Fanm sé Lanmou, cette littérature sentimentale et érotique ? Je vous répondrai que le lien entre les deux romans est si flagrant que cela m’irrite souvent de devoir l’expliquer.  Pour ceux qui ont lu ce roman, et pour ceux qui ne l’ont pas encore lu si seulement vous en avez l’intention, sachez que l’érotisme jongle entre l’inconfort et le confort dans notre société antillaise. Lire le sexe c’est mettre le doigt sur des envies cachées, cachées du Monde et de notre entourage, parfois cachées de nous-mêmes.  Mais, n’aurait-il pas là un message plus profond que le sexe ?

Les muses du livre Héline, Mélissa, Amélie, Soane, Tanya (Tara) et Aurore, sont des femmes noires, libres et qui existent réellement. Chacune traîne son histoire qu’elle soit fictive, réelle ou similaire à mes écrits.  A chacune de ses muses, une réalité parfois brute a été associée :

Héline représente la sensualité, la féminité, la sensibilité de toute femme. Personne n’est insensible à son charme. Héline est aussi le rappel à l’ordre, le rappel de l’éphémérité de notre beauté.

Amélie représente la femme de caractère, coincée entre la douceur et l’excessivité qu’on lui colle à la peau. Dans les faits, elle n’est pas excessive, pourtant l’homme la dépeint ainsi, en fixant lui-même ce qui est permis ou non, ce qui est « trop » ou « pas assez ».

Soane vient casser le rythme doux de cet écrit, en introduisant le viol. Victime d’un viol incestueux, elle est le symbole de l’oppression et de la maternité. C’est la femme qui a souffert et lutté silencieusement. Une réalité trop présente aux Antilles, malheureusement.

Tanya s’avère être le paradoxe du potomitan. Femme subissant l’amour, l’infidélité, la trahison, à qui l’on demande de pardonner et d’être forte.

Aurore est une femme libre, artiste, plongée dans l’univers large de la création ; femme qui se cherche à travers toutes les croyances et tous les principes imposés.

Et finalement, Mélissa englobe le tout : l’amour, la souffrance, l’oubli, la mort. Elle souffre, vit, donne vie aux choses.

Fanm sé lanmou a introduit le regard de la société créole sur la femme créole : conscience de l’hyper sexualisation, conscience de son émancipation, conscience du fossé entre la femme antillaise traditionnelle, et la femme antillaise moderne, conscience de la place féminine dans la vie d’un homme antillais, conscience des clichés et des préjugés.

D’une volonté d’intégrer un nouveau regard, est né le projet Fanm Kreyol, un projet artistique ( livre photographique et documentaire)

Trois photographes, dix-huit muses et un réalisateur ont été réunis pour la réalisation d’un court documentaire et de deux court-métrages. Cette réalisation me permettait par la suite de créer l’ouvrage Fanm Kreyol, une lettre ouverte à toutes ces femmes antillaises, luttant dans un environnement misogyne, raciste, et destructeur.  Être une femme. Être une femme antillaise. Être une femme antillaise dans un milieu étranger, dans un milieu familier. Être une femme antillaise et vivre selon sa culture, son éducation. Être une femme antillaise et se libérer des codes, des préjugés. S’émanciper. Se distancer de l’image figée. Et par cette connexion, je fondais déjà un empire, un empire de Femmes fortes et confiantes, prêtes à changer le regard du Monde.

 

Visionnez le documentaire :

 

Visionnez les courts métrages

 

 Un grand merci à mes collaborateurs : le Réalisateur Lucas Sousseing ;  Les photographes Marvin Londinfer, Meddy Edouard, Ludovic Lolia ; mon amie Melissa Christophe la chargé de communication et la directrice artistique du projet.  ainsi que les  Modèles habillées par Les Balisiers de Basse-Terre .                                                                

Tessa Naime.