Dieu et seuls nous pouvons

 

Maudit soient les Bourreaux !

 Dieu et seuls nous pouvons, est le premier roman de Michel Folco, publié en 1991. L’écrivain français retranscrit l’histoire de la dynastie Pibrac, famille fictive d’exécuteurs de hausses et basses œuvres. Composé de deux parties, le roman aborde deux histoires différentes à deux époques différentes.

L’histoire du roman débute au 17ième siècle avec un meurtre par vengeance. Un infanticide horrible a lieu, à la ville d’Aveyron, dans une société superstitieuse et religieuse. Et puisque « la vengeance est un plat qui se mange chaud », le meurtrier Pierre Galine est très vite retrouvé et condamné. Toutefois, parmi les habitants, nul ne souhaite exécuter la sentence et commettre le péché mortel.  A cette époque, la justice mortelle ne peut-être rendue que par Dieu, et un bourreau. Contraint de trouver un exécuteur, le Baron Raoul Boutefeux désigne finalement Justinien Pribac, un homme au nez en bois. Ce dernier se voit contraint d’accepter afin d’échapper à une peine de prison. L’aventure débute, et c’est un empire de sept générations entières qui se construit.

La première partie du roman est dédié à l’histoire de Justinien Pibrac, le fondateur de la lignée Pibrac. Enfant abandonné, il grandit en étant à la recherche de lui-même. En effet, Justinien est à peine né que sa mère l’abandonne aux portes du monastère de Saint-Prépuce, après lui avoir arraché le nez, afin que personne ne fasse le lien avec son géniteur. Son enfance est assez normale, et calme. Le mystère de sa naissance nous interroge. Pourtant, quelques années plus tard, notre héros se retrouve en prison. Et c’est là-bas que sa vie prend une toute autre tournure, puisque sa liberté lui est offerte s’il accepte d’être le bourreau attitré de la ville Bellerocaille.  Renard, rusé, maladroit et débrouillard, notre personnage fonde un peu malgré lui, la lignée des Pibrac. Qui sont les Pibrac ? Ce sont les parents adoptifs de Justinien. Cette famille religieuse adopte Justinien peu après qu’il soit abandonné. Ils l’élèveront comme s’il était leur propre fils, d’un même amour parental. Ce n’est pas pour autant que ce dernier sera reconnaissant de ces années d’éducation.

Nous quittons à peine cette première partie du roman, que nous ressentons déjà la nostalgie des bons instants passés avec Justinien. Quelques pages plus tard, nous voilà, complice du personnage Hippolyte Pibrac, dernier exécuteur de la lignée. A l’époque de son mandat, les lois sur les peines de morts changent en France. Il est donc contraint de prendre sa retraite. Hippolyte est très nostalgique de l’ancien temps. A l’inverse, son fils Léon Pibrac n’est pas du même avis. Il s’est d’ailleurs dirigé vers le métier de boulanger, cassant ainsi la lignée de bourreaux forts et craints. A mon avis, il gagnerait bien à trancher la tête de sa femme Hortense, qui se plaint pour tout et rien. D’ailleurs, le contraste entre le père et le fils est amusant.

    Par ce roman, Michel Folco aborde des sujets importants de l’époque : les rites religieux, le fondement des abbayes, la superstition, le rapport de l’église et l’état, la vie, la mort.  En France, la mort elle-même a été longtemps, une des alliés de l’Eglise catholique. « Mourir n’est rien, c’est être oublié qui est terrible » . La mort a aussi été un métier ayant été aboli qu’en 1981.

C’est par le métier de bourreau, que la mort et la justice se croisent. Le lecteur apprend beaucoup sur la profession d’un exécuteur : les raisons, les moyens, les enjeux politiques, économiques et sociaux tous indissociables du métier. Avec une bonne dose d’humour, l’auteur exprime le malaise d’une profession si détestable, tout en nous permettant d’aimer nos personnages aussi froids et barbares qu’ils puissent être. Nous observons leurs lois, leurs règles, leur vie solitaire. Ces bourreaux vivent bien financièrement, inspirent la peur et vivent hors des murs de la ville, loin de la population. Ils doivent se vêtir de rouge pour indiquer leur titre. Des surnoms multiples leur ont été attribués : maudits, carnassier, brise-garot, Jean-cadavre. D’ailleurs, ils sont à l’origine de nombreuses superstitions.

  Être bourreau c’est être acclamé et rejeté, c’est être craint et reconnu à la fois. Le peuple, soulagé qu’il n’ait à se salir les mains, rejette les bourreaux, à qui il donne paradoxalement le droit d’ôter la vie. «  Si on condamne à mort, il faut bien que quelqu’un exécute. C’est la mauvaise action qui déshonore, pas le supplice.  Le bourreau est quelqu’un d’utile. » Nous découvrons les deux faces de cette profession, si particulière. D’un côté, la bourgeoisie et ses nombreux privilèges, de l’autre, l’exclusion sociale de l’individu. Parmi ces lignes, la mort devient source de tendresse et la violence, elle-même, révèle le souci d’un travail bien fait.  En tant que lecteur, nous parvenons à aimer ces anges de la Mort, parce qu’ils ne sont pas différents. Eux, aussi, connaissent les difficultés quotidiennes, le dur labeur, la moralité et le poids du jugement.

L’écriture imagée de Michel Folco nous plonge dans l’univers antique d’une France sévère.  C’est rustique, c’est cru. Cet univers se lit avec délectation. Une orgie de mots et d’idées excentriques. De l’extravagance et de la simplicité, à la fois. Le lecteur se prend au jeu. Et finalement, nous finissons par affectionner l’horreur et la violence. Le style de Folco est savoureux, et maitrisé. L’idée originale de l’auteur nous permet de traverser les périodes du 17ième au 20ième siècle, curieux et goulafres. Si on aime les mots, le vieux français n’est point dérangeant. Et les vrais amoureux de littérature, se laissent emportés dans le tourbillon des imaginations de l’auteur.

Une découverte surprenante, exploitée à merveille par Michel Folco. Dieu et nous seuls pouvons est plein de ressources et véritablement historique. C’est un roman jouissif, noir, sombre et éclatant !

   Critique Littéraire du roman « Dieu et seuls nous pouvons » De Michel Folco par Tessa Naime .           Ce texte a été rédigé dans le cadre d’un devoir littéraire à remettre.

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