Le « Fa » de ses phalanges

(Désormais, ce texte constitue l’introduction d’un devoir littéraire portant sur Le Portrait littéraire. Il a été modifié selon les règles et consignes du TP. )

 Il y avait tout dans son regard. C’était le regard immense, regard évoquant l’immensité des choses.  Cette manière indiscrète d’observer, d’affronter, de conquérir le Monde. Pas celui des autres, pas celui que l’on attend, pas le regard que l’on appréhende. Figé sur le sol, les pieds à peine crispés, ses doigts flirtant avec l’appareil. Antoine était un photographe ; amoureux, fou et nomade.   Seule l’assurance le courtisait.

Le contact de ses orteils dans l’eau froide. Son pantalon s’était un peu mouillé, mais il se rassurait « Non, ça va, c’est correct. » Il était attentif. Dois-je préciser que l’attention est une muse. Elle apparaît et s’en va de façon aléatoire jusqu’à ce qu’il n’y ait plus grand-chose pour la retenir. Alors, l’attention était là, virevoltant sur l’eau. L’air pensif, le jeune homme mitraillait. Instinctif. Vif, précis. Le doigt alerte. Maintenant, ses traits s’étendaient. Ses sourcils paraissaient toujours plus fins. La bouche détendue. Le visage endurci et les lèvres sèches. Il était vide. Silencieux. Troublant. En fait, il ne souriait que rarement. De larges sourires. L’épiderme de sa bouche avait toujours intrigué. Et les autres se questionnaient sur l’équilibre de ses yeux, tandis que son sourcil gauche s’élevait naturellement. Ou bien, était-ce le sourcil droit qui s’abaissait… ?  Ses yeux changeaient de couleur ; jetant chaque émotion à nos visages.  La douceur. L’indulgence. La quiétude.

C’était évident, il scrutait. Il accaparait, intrusif, toute émotion. Tout instant, tout mystère. Le contraste brusque. Les couleurs qui s’accordaient, de ses oreilles à son cou. Sur ses épaules, nous aurions pu danser. Danser, tourner, se coucher. Puis, nous réaliserions que rien ne saurait définir la forme de son menton. A l’inverse, les sinuosités de sa courte barbe ne pouvaient nous échapper.  Juste au-dessus, son nez s’imposait. C’était un homme de taille normale, si Normalité il y a eu, un jour. Non, en fait, il était assez grand. La démarche d’un gamin. Le dos bien droit.  Il donnait cette image de l’infini ; droit et grand comme lui.

C’était encore le regard. Ce regard inquisiteur.  Humaniste. A quoi pensait-t-il ? Etait-il inspiré ? Et que serait l’inspiration sans une inconnue. Mais avant les yeux d’Antoine, il y avait eu sa voix. Etrangement, les voix étaient ses fétiches, il les collectionnait. D’ailleurs, il aimait entendre et se régaler de syllabes. De l’ordre des mots. De l’agencement des expressions. « A trois secondes, tu lèves tes pieds » avait-il dit à sa muse.  Au-dessus, le ciel s’assombrissait. Alors, il tournait la tête, immortalisant fièrement chaque posture. L’œil mouillé, l’œil qui s’exprimait ; l’artiste n’arrêtait pas. Les clichés s’accumulaient ; et son modèle, jeune Cléopâtre à la balançoire, attendait.

Se baladant de l’index à l’annulaire, les plis de ses mains ne s’effaçaient pas. Cela était apaisant d’imaginer ce qu’il pourrait toucher. Ce qu’il pourrait redessiner. Avec ses doigts nous referions le Monde et les intempéries. Peut-être l’Univers et ses ratés, et même la vie aussi fade qu’elle puisse être. Et quelques veines apparentes, deux ou trois, semblait -t-il. Quatre. Quatre veines, sur la main gauche, plus ou moins souples. Une belle fresque des phalanges au radius, jusqu’à l’extrémité de l’avant-bras.  La plus belle partie d’un être. Mais si nous regardions ses bras, nous dirions qu’ils s’adaptaient parfaitement aux épaules. « Est-ce que tu voudrais chanter ? » s’écria-t-il.  Le chant est à la vie, ce que l’amour est à la haine. L’un n’ira jamais sans l’autre, l’autre n’ira jamais trop loin. Le chant c’était lui, à cet instant. Il n’avait nullement besoin de mélodies. Tout humain devrait lire les notes sous ses paupières, chanter le Fa. Puis, le mi. Trouver la fréquence au creux de ses hanches. Sinon, ses jambes s’imposaient, et seulement là… les femmes remarquaient une stature imposante.

 

                                                                                                    Tessa Naime

Toute reproduction ou diffusion de l’oeuvre est interdite sans autorisation écrite de l’auteur sous peine de poursuites judiciaires.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :