Lucy

Il y a très peu de chances que vous ne m’aimeriez pas si vous me rencontriez. Après des rencontres banales, et quelques fois inattendues, je peux maintenant l’affirmer. Je peux vous dire avec certitude que vous pourriez m’aimer et ne jamais vous rendre compte de ce que je suis réellement.

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Je suis de taille moyenne, le visage fin et les lèvres un peu roses. Avec un sourire qui pourrait représenter 65% de mon charme. Evidemment, j’ai les dents blanches. J’aime mes dents, mon sourire frais. Mon regard. La peau claire, pas trop blanche, juste assez pour que des hommes et des femmes tombent dans mes bras. Les relations, les gens… je m’en lasse.

Pourtant, j’aime séduire. La séduction est à moi ce que les feuilles sont à l’automne. Flirter, plaire, consommer, jeter et répéter ce processus inlassablement. En fait, la relation la plus longue que j’ai entretenu c’était avec… une femme.  Nous n’avions pas les mêmes intérêts, les mêmes besoins, les mêmes sentiments. Mais elle s’accrochait et je l’avoue, à la simple vue de son beau cul, je mouillais.  Cet être s’est donné corps et âme pour notre histoire, presque vidé de son sang, si je peux exagérer.

Et je la regardais souffrir, se heurter au mur de l’incompréhension, s’arracher les cheveux à vouloir me changer. Elle se persuadait qu’il y avait une « bonne partie de moi », comme elle le disait souvent. Est-ce que je prenais plaisir à la détruire ? Eh bien, c’est vous qui le dîtes. Je ne vois pas les choses de la même façon. C’était un peu comme regarder le journal de vingt heures, écouter les avis d’obsèques du matin. Enfin, je n’avais pas réellement l’impression que ses excès de colère me touchaient. Il y a eu des larmes, des « va-t’en » et des « reviens ». Des « fais-moi l’amour » pour se rassurer que je l’aime peut-être.

C’était le résultat de cette destruction évolutive qui m’intéressait. Jusqu’où irait-elle pour me pardonner ? Pour que je l’aime ? Pour que je la vois autrement qu’un objet ?

J’apprécie le Monde, les autres. Du moins, seulement s’ils sont manipulables, malléables. Il me faut exercer un pouvoir, une force. Ma terreur. Il faut que je domine, que je fasse du mal. Et puis, je finis par me lasser. Passer à une autre victime, à un autre sujet.          Le problème avec cette femme dont je vous parlais plus tôt, c’est qu’elle a fini par me quitter. Et quand elle l’a fait, j’ai eu l’impression d’avoir manqué quelque chose. Peut-être que je ne la dominais pas aussi bien que je le pensais. Alors oui, bien sûr, j’étais plus jeune qu’elle. Mais quoi ? A quel moment, a-t-elle pu me filer entre les doigts ? Six mois de dépendance morale et physique pour tout lâcher. Connasse ! Après l’avoir traité de tous les noms, j’ai disparu. Il y a eu beaucoup d’autres partenaires.

Au final, je me faufile parmi vous, comme un prédateur à la recherche de sa proie de seize heures. Les humains ont parfois bon goût, souvent le goût sucré de la naïveté et de la faiblesse. On dirait presque des marionnettes gesticulant sur les notes fausses d’une émotion. Mon existence est triste et monotone. Me baladant tel un corps livide et blanc près de vous, faisant intrusion dans vos vies merdiques. Je suis la copie conforme d’un mortel. Vide. Transparente. Indolore. Même les autres n’ont pas réellement d’odeur, de couleur.

Comment pouvez-vous ignorer la cruauté qui m’habite ?  J’aimerais que la souffrance vous étouffe à votre tour, qu’elle vous brûle à petit feu de l’intérieur. Ce serait plus facile pour moi : si vous étiez déjà si mal, je n’aurais pas à mettre toute mon énergie pour vous bouffer.

A première vue, je suis charmante. Un peu bavarde, expressive. Je saurai rendre votre place un peu plus confortable, lors d’une discussion autour d’un bon café. Mais je déteste le café. Je le commanderai pour me fondre dans la masse. Je vous ferai sourire, rire de ma maladresse avec quelques anecdotes mensongères sur mon enfance. Je prendrai souvent de vos nouvelles, pour vous donner l’impression que je m’en soucie.  J’arriverai à capter votre attention, juste assez pour… Le coup fatal. La chute.

Je vous l’ai dit : Il y a très peu de chances que vous ne m’aimeriez pas.

 

Dans la peau d’un pervers narcissique.

Toute reproduction de l’oeuvre est interdite par l’auteur. 

Tessa Naime.

 

 

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