Fanm Kréyol (1)

Etaient-ils trop peu arrondis ? Etaient-ils imparfaits ? Ses seins…Et puis, de toute façon, Ils ne pourraient être absents du tableau. Femme créole… Je ne l’avais jamais dessiné sans une belle poitrine, sans une belle taille. Je pouvais même, quelques fois, imaginer un homme qui empoigne ses deux mamelons tendrement. La perfection était bien là, en regardant plus bas : juste ses courbes symétriques. Je ne voyais aucun défaut, tout était aligné discrètement. Alors, pour revenir à ses seins, ils étaient chacun à égale distance de ses hanches. Si bien qu’il n’y avait aucun malaise à passer de son buste au reste de son corps.

On pyès fanm ! Doubout,doubout !

Mais je dois reconnaître que son corps était imparfait et que toutes ses imperfections formaient un tout harmonieux, délicieux. Pur délice. Et la voir, aussi bien remplie me frappait la vue. Ses yeux, pourtant, ne semblaient pas me défier. Non, il y avait cet œil fixe, ce regard vide vers l’horizon. Sombre. Eteint. Inexpressif. Distrait.

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Et son visage, marqué par l’amour enfantin, la douceur, les rêves évadés… Son charme inspirait l’évasion d’un vendredi soir après quelques verres de vins.  Qu’est-ce qu’ils aimeraient sûrement s’évader, eux aussi, ces hommes de la ville qui la courtisaient ! Qu’est-ce qu’ils aimeraient danser au creux de ses mains, se noyer dans son fruit défendu. Il y avait ces traits curieusement finis, ce teint salé de la femme antillaise. Le nez court, le front lisse. Sonjé ki moun i yé…

Je ne sus comment définir la forme de sa tête, peut-être ovale. Peut-être ronde. Il n’était pas difficile de distinguer ses oreilles, ni grandes, ni petites. Aucune mèche ne venait les cacher, aucun cheveu ne tombait sur ses épaules. Ce côté félin que lui donnait sa coupe, était perturbant. Parce que son crâne portait Vénus, faisant naître le désir dans un cœur meurtri. Elle paraissait… modeste ; bien que la modestie ne suffise pas dans un monde hautain. J’admirais sa simplicité, sa sensualité maladroite, sa démarche. C’était l’une des neufs muses de la mythologie… mè nou byen fouté pa mal.

Être immortel et fragile se dandinant de gauche à droite. Que sa beauté ne se brise jamais ! Jamais. Ses fesses rebondissaient. Mi ta-w mi tan mwen. Mi ta-w mi tan mwen. Nue, Elle avançait à pas lents, timidement devant l’objectif. Le fait est que sa timidité était un véritable atout. Peu à peu, ses mouvements devenaient de plus en plus gracieux. Je suivais son corps, je n’avais pas le choix. Il fallait que je contemple, que je me perde, que je me retrouve dans ces gestes amples. C’était ce port farouche, cette silhouette plantureuse qui la rendait si « créole ». En fait, une ligne droite pourrait relier le coin de son menton au coin de son sexe. Une précision inexplicable. Il y aurait très peu de chance que ces épaules ne soient pas perpendiculaires à son cou. C’était inévitable. Evident. Comme son sourire, rien de plus naturel. Mais elle ne souriait que rarement.

Peut-être qu’elle n’aimait pas ses dents, que sais-je ? Ai-je parlé de ses lèvres ? Noires, pulpeuses. Le vécu, l’expérience. Le mystère. Ce que la forme de sa bouche devait révéler de sa personnalité. Lè syel é Latè té ka dansé, sé lè i fèt !

Femme poème.

C’était une poésie vivante sur de beaux pieds. Cette créature était une poésie que l’on apprend et que l’on n’oublie pas. Se faufilant à travers les décors, libre comme des mots sur du vieux papier.  Vers, syllabes ou lettres.  Qui était son poète ? Etait-il nécessaire de connaître l’artiste pour comprendre l’œuvre ?  Laissons aller la négresse, à peine corrompue par la tristesse de l’existence.  Insouciante, ou parfois soucieuse. Laissons la goûter aux choses simples du Monde. Le temps, l’âge, rien ne saurait la faner.

Âme qui subit les critiques et les sarcasmes, déambulant parmi les préjugés. Âme consommée, que les hommes ont recraché après un coup du soir, un coup du matin.

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Premier texte du projet FANM KREYOL. Toute reproduction est interdite par l’auteur. Modèle : Zepiss  – Credit Photographe : Stéphane Roques

Tessa Naime.

 

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