La Pomme

« Et maintenant, me voilà. Je suis ici, prétendant être libre. Prétendant jouir d’une liberté ayant pour limite celle d’autrui. Je suis ici, et ailleurs. Le doute, l’incertitude. Parce que je sais que je suis encore enchaîné, relié à ce passé douloureux. Nous sommes encore esclaves d’une autre manière, d’un autre système. Qu’est ce qui nous enchaîne ? Qu’est ce qui m’enchaîne ? »

Adam est assis près de moi, la main droite posée sur mes genoux ; et il me parle. Tout y passe : politique, religion, éducation, projets… Déjà quelques minutes que je n’ose pas l’interrompre. Je l’écoute, je l’observe. Je réponds, de plus en plus évasive. En fait, je n’arrive plus vraiment à me concentrer.

C’est sa main… elle est si douce. Ses doigts sont étrangement froids. Je voudrais bouger ma jambe pour l’obliger à bouger la sienne, un peu trop collée. Mais il me fixe. Il continue : « L’assistanat. La violence. La drogue. La colère. Le racisme. Les préjugés. La peur de l’étranger. La corruption. L’argent. La destruction. La guerre. La misère. L’incohérence. Le mépris. Le sang… Notre conscience, ma conscience salie par des crimes que je n’ai pas commis mais qui me concernent. »

Ce n’est plus une discussion, je ne place aucun mot. Et je constate qu’il aime parler, qu’il aime entendre sa propre voix. Peut-être qu’il prend plaisir à s’écouter lui-même. Il me propose des noix, des fruits…finalement je cède pour une pomme rouge. Ce fruit a un goût particulier.

« Tu as peur ? » me demande-t-il. Peur de quoi ? En ce moment, mes sourcils s’expriment librement sur mon visage rose. Non, je n’ai pas peur. Qu’est-ce qu’il s’imagine ?  « Est-ce que je devrais ? ». Il rapproche alors son visage du mien, nos yeux semblent communiquer…à leurs façons. Je vois… Trop de choses. Je vois la sensualité, je la sens, comme une odeur agréable au matin d’un jour pluvieux. Et cette douceur qu’il dégage. Rapproche-toi. Encore un peu plus. Mais il ne fait rien ; peut-être qu’il attend mon feu vert.

« Non, tu ne devrais pas. Je voudrais te présenter une amie. »  Merde. La chute. « Une amie… ? »  Qui ? Les mots s’enchaînent. Une succession de phrases que je ne parviens pas à comprendre. Des lettres. Des sujets. Puis, des bruits de pas. A cet instant précis, je perds toute notion du temps et de l’espace. Une robe noire, moulante, assez provocante. Et ses longues jambes. Ses joues. Sa chevelure. Quand je vois cette femme apparaître au pas de la porte, je l’imagine nue. Entièrement. Une petite brûlure au niveau du sexe m’indique que sa présence m’embarrasse. Qui est-ce ? Ma culotte se mouille.  « Bonsoir. » dit-elle, d’une voix à peine audible. « Je n’arrive pas trop tard, j’espère ».

Elle déboutonne sa robe. Qu’est-ce que…  « Surprise. »  La première chose que je remarque… c’est la forme de ses seins. Ils sont beaux, vraiment beaux. Donc… elle ne porte pas de sous-vêtements. Stupéfaite, je m’enfonce dans le fauteuil, n’étant plus sûre de vouloir continuer ce jeu. Est-ce que mon corps… Est-ce que mon corps est aussi beau, une fois, nu ? Puis, je remarque ces yeux clairs. Le nez fin, et tacheté. La petite cicatrice sur la lèvre inférieure. Les veines du cou, puis les veines du bras…Sa robe est désormais étalée au sol. Et tandis qu’elle se décide à avancer, curieuse, je cherche à voir ses lèvres génitales. Mais je n’ai pas le temps de trouver des imperfections…

Un doigt se pose sur mon menton. « Est-ce que je peux… ? »  Par son accent, je comprends qu’elle est étrangère. Alors je hoche la tête sans oser dire non. Etonnée par ses formes, à cet instant je bénis la femme créole au nom de toutes les autres créatures humaines. Peu à peu, je me sens transportée. Basculée d’un désir fragile à un autre. Ses caresses me font l’effet d’un drap doux, une nuit d’hiver…comme si je n’attendais que son étreinte pour me réchauffer. Nous nous allongeons sur le canapé. Est-ce que mon bel ami est encore là ? Je crois qu’il nous regarde, qu’il n’interviendra pas, c’est peut-être sa façon de s’amuser…

De mes jambes j’enveloppe ce corps, sentant quelques gouttes parcourir mes cuisses. Elle enlève mon pantalon, patiemment. Doucement… Sa langue s’entiche de mon ventre, mon nombril… puis descends le long de ma jambe… Ses dents s’attaquent à ma cuisse, cette morsure réveille brutalement l’envie de lui enfoncer mes doigts dans sa chatte. Alors ma seconde peau se retire tendrement en même temps que les bretelles de mon soutien, la peau de mes contraintes. Il me semble que je m’éloigne de tout complexe.  Le cœur secoué, la poitrine dénudée, j’aime follement cette sensation. J’apprécie que cette femme me touche, qu’elle me contrôle et qu’elle nourrisse ce feu d’émotions en moi. Il faut que je la touche moi aussi.

L’échange… Le partage. Je me laisse partagée. En fait, ça va plus loin qu’un – bouche à bouche -, qu’un corps à corps. Je partage mon intimité, ma chaleur corporelle, tout mon être avec cette jolie femme. Est-ce que je lui plais ? Cette habileté qu’elle a m’attire… Mes membres se tordent, je me cambre, elle aussi, tout en me léchant. Elle désire me faire jouir. J’attrape ces cheveux, je n’en peux plus. Nous ne formons plus qu’une seule et même liane, allant d’arbres en arbres. Telles des créatures sauvages que l’amour ne saurait apprivoiser. Et tout se transforme autour… mes paupières s’alourdissent. Un autre décor, un autre monde.

« Evy… ? »  Elle pétrit mes fesses, c’est tellement bon.  Ce n’est pourtant pas le type d’expérience que j’espérais. Adam se rapproche, il se positionne en face de nous pour mieux nous observer. Il se déshabille à son tour. Nous pourrions entendre son pouls qui s’accélère. Je contemple son engin, emballée par le fait qu’il se masturbe. Croyez-le ou non, je repense à notre discussion. C’est cette orgie de mots, ce bordel littéraire qui m’a conduit ici…Je suis si proche de l’orgasme littéraire.

Il paraît que l’amour à plusieurs est beaucoup plus inspirant. Alors qu’elle s’enduit d’une huile parfumée, j’ose toucher le pénis de mon ami, déjà dur. Mais ils ne me laissent pas faire plus, tout va très vite. Adam prend place sur le support, qui soudainement me paraît bien grand pour accueillir trois corps affamés. Il me manipule comme une marionnette, je me retrouve face aux jambes écartées de ma « Co-locatrice » qui n’attends qu’une chose : que je la goutte, que je stimule son clitoris rosâtre. Quelque chose se bute contre mon anus : le fruit défendu. Sentir ce sexe dur m’excite davantage. Et après s’être frotté longuement, il ne tarde pas à s’introduire en moi. M’épouser. Me satisfaire. Me chérir. Délaissant le sexe de ma partenaire, je gémis, soupire même. Un balancement des hanches de ma femme créole me rappelle qu’elle a encore besoin de ma langue. Je continue jusqu’à ce qu’elle en tremble, impuissante. Mais la pénétration est si … que j’atteins le bout du plaisir.  La lionne en moi rugit, au sommet d’une montagne de délices. Nous-y voilà, enfin, l’extase… Pour faire durer cet état, je ralentis la danse. Si près de l’explosion sexuelle. Nous vivons pleinement cet instant à trois. Le vertige, l’emboîtement, l’exploration. Aussi surprenante qu’une découverte. Nous renouons avec la part animale, la partie sombre de l’humain. Au plus profond de nous-mêmes. Parce que c’est tellement mieux de frôler l’excès.

« Il a fallu que j’accepte d’entendre que la colonisation a été bénéfique et nécessaire. Il a fallu que je me taise sur certains sujets, que je limite ma liberté d’expression. Mais surtout, il a fallu que je me trouve une place confortable dans le système. On m’a appris à consommer autre chose que ce qui est produit chez moi, on m’a connecté au Monde pour me détacher de mon identité. … Tu me suis ? Eve ?! »

« Eve… ? »  Un sursaut. J’ouvre les yeux, gênée. « Tu as fermé les yeux. Tu es sûre que tout va bien ? »  « Je… Attends. ». Pause. Putain. « Désolé, c’était une dure journée. Je n’arrive pas à me détendre » A quel moment me suis-je échappée de la réalité pour assouvir mes fantasmes ? Alors, en fait, je rêvais… ?

« Je comprends… Tu voudrais des noix, ou un fruit ? Il me reste une pomme. Rouge. »  dit-il.   La pomme…

 

Toute reproduction de l’œuvre est interdite par l’auteur. Le choix des noms des personnages a été fait volontairement. Il s’agit bien ici d’une version moderne, parodique et sexuelle de l’histoire d’Adam et Ève. 

Tessa Naime

 

Tessa Naime.

 

14 Comments

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  1. Super, continue « Appreciate ».

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  2. Toujours un plaisir de te lire. En plus, moi qui adore ce style de lecture, je suis fan.
    Continue, tu as de l’or au bout de doigts
    😘🙌🙌💪

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  3. Félicitations
    Je pense que je deviens accro à tes écris continues comme ça ton style d’écriture est captivant et sublime.

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  4. Moi qui suis un lecteur de livre J’adore ton écriture parce qu’elle est légère et se lit toute seule continue comme ça !!

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  5. Ça fait du bien un peu de lecture, et surtout lorsque l’histoire est assez 🔥🔥😜🤣… +10🙌🏾

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  6. Je n’ai pas de mots fasse à cette belle histoire. Très bonne continuation ma belle je te remercie de clarifier ma journée.

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