Confronter.

Relation toxique. J’ai lu, autant de fois que vous, des tas d’articles sur les relations toxiques. (Rassurez moi, je ne suis pas la seule à devenir paranoïaque et à analyser minutieusement chaque membre de mon entourage hum…). Oui, bon. C’est intéressant de pouvoir mettre un mot sur ce type de relations, qui nous paraissent normales au début et qui, en fait, ne le sont pas. Je vais donc vous proposer une simple façon d’aborder ce type de relations : la confrontation à double sens.

Avant d’arriver à ce point, je voulais vous partager  l’expérience de quelques personnes, qui ont accepté de répondre à mes questions ainsi que ma vision de la relation toxique.

Au début d’une relation, tous les individus paraissent sains d’esprit et dignes de confiance. Donc, posons le cas : quelque chose d’inexplicable naît entre deux individus, une relation qui devient très vite… importante et primordiale. Plus souvent que rarement, l’un des deux domine. En très peu de temps, la personne la plus sincère s’attache et devient tellement attachée qu’elle est incapable de dire pourquoi elle l’est autant (premier problème).  Un problème ? Parce que, très vite, cela lui devient inimaginable de ne plus évoluer avec cette relation. Comme un manteau pour les jours de pluie, oui, un ami ou un amant peut être un vrai manteau, pas au sens de l’accessoire mais au sens de la nécessité. Et quand une personne semble nécessaire, souvent, c’est parce qu’elle nous donne cette impression qu’elle nous a aidé à grandir, de façon positive. (second problème !). Nous avons déjà vu et traversé les mêmes problèmes, nous pensons de la même manière, et tout ceci conforte dans l’idée que l’on se doit d’entretenir cette relation au risque de tout perdre. Ainsi, on porte notre manteau, notre sangsue.

 « J’ai rencontré une fille avec qui dès le début j’ai accroché. On était tout le temps ensemble, on avait à peu près vécu les mêmes choses, du coup on se comprenait sur beaucoup points. Mais il y avait quand même quelque chose qui nous séparait, c’est-à-dire que l’on n’avait pas la même vision du monde et les mêmes ambitions. J’étais très centré sur ma scolarité, mon bien être, et le sport. Alors qu’elle non, elle manquait d’ambition, n’allait pas en cours, se nourrissait très mal. Au fil du temps, elle déteignait sur moi, je séchais souvent, je mangeais tout le temps de la merde, je n’allais plus au sport. Mes proches me disaient qu’elle avait une très mauvaise influence sur moi. Moi, je me sentais vraiment bien avec elle. » –   Kat.

Au fil du temps, ce qui devait être une grande amitié ou une belle aventure se transforme en une relation à sens unique par exemple. L’autre attends beaucoup plus de nous. D’ailleurs, il exige. On n’est plus réellement dans le consentement, et surtout on se retrouve à toujours donner. Tout se mesure comme une obligation.  C’est surprenant d’être capable, après des années, d’admettre que nos attentes n’étaient pas les mêmes une fois que l’on s’est échappé. Parce que l’autre était devenu un poids, quelque chose que l’on ne pouvait plus porter. On était alors déjà bien conscient que l’on ne pourrait jamais satisfaire le moindre désir, et pourtant on s’accrochait.  Et c’est là que tout s’amplifiait. Ce que vous appeliez « ma moitié » n’était qu’une partie de vous qui s’en allait.

 « Je n’étais pas heureuse. Je pensais l’aimer, en fait j’étais dépendante. Perte de poids, souffrance morale et physique. C’était un cercle vicieux, impossible de se détacher. Je savais que je souffrais, pourtant je restais. Je m’en suis rendu compte au bout d’un an de relation même peut-être un peu avant. Mais comment sortir de ce truc là, c’était impossible pour moi sur le coup… » – Cas.

Prendre de la distance, c’est dur. Parfois, il y a un vice, un chantage affectif… « De toute façon, personne n’est capable de m’aimer », « Abandonnes moi comme tout le monde » « Vas t’en ». Ce genre de phrases qui pousse à rester en contact. Les reproches, la nostalgie. La culpabilité alors que l’on a été trahi. La manipulation. Le fait de se sentir coupable, injuste envers l’autre. La triangulation, l’intervention d’un tiers. Le contrôle. Le doute. Est-ce que il/elle mérite vraiment que je m’éloigne ? Est-ce que je ne vais pas trop loin ? Est-ce que… Est-ce que ! Et la fameuse reconnaissance qui casse les couilles. « Je ne peux pas l’abandonner, je lui dois beaucoup ». L’action thérapeutique des sangsues. Imaginez juste une sangsue, qui suce votre mauvais sang, et qui finalement ne s’arrête pas… Qui suce encore et encore, votre sang, votre énergie, votre âme…jusqu’à tout aspirer.

 « On sait qu’il faut en sortir mais il y a une lutte.  L’espoir que l’autre change, voit notre vraie valeur. Et puis au bout d’un moment on réalise que non. Alors on cherche le courage pour mettre la tête hors de l’eau. Ce que je pense c’est que personne n’est à l’abri, on n’est ni trop grand ni trop fort de caractère. La relation stagne, on ne se sent pas épanoui. Quand on pense faire un pas en avant, on recule de six pas. Tu es toujours fautive, jamais compréhensive pourtant tu pardonnes beaucoup de choses. Tu en veux trop, tu n’es pas assez patiente et puis les jours passent, les semaines… les mois, ça fait plus d’un an que t’es dans la même situation et que rien n’évolue. » – Lo.

« C’est-à-dire que j’étais tellement sous son emprise que je n’arrivais pas à me dire que c’était mon cas. Avec du recul, je me demande si j’ai été si « amoureuse » que je le pensais ou si ce n’étais pas plutôt une forme de dépendance.  Ai-je aimé ? Il y a une partie de moi qui ne me ressemble pas qui me pousse à croire que non. » – Cho.

Il n’y qu’un pas entre l’amour et la dépendance, entre la considération et l’obsession, entre ce qui est normal et ce qui est excessif. Parfois, inconsciemment, et même souvent, on franchit la limite. Supporter les plaintes et les reproches d’un partenaire au point de prendre plus à cœur ses problèmes que les nôtres. Accepter de faire confiance alors que l’autre ne croit pas en nous. Accepter que notre amour propre puisse passer après tout ce qui est lié à la relation. Idéaliser. S’excuser quand on n’a rien fait, et même douter de notre innocence dans un conflit. Manger les excuses, les mensonges parce que notre cœur a faim. Mais la perversion va bien plus loin… Il y a un véritable conditionnement : le rabaissement, les critiques innocentes, le jeu pervers de la soumission involontaire. La dévalorisation. La banalisation des choses graves. La violence verbale. Et peut-être dans quelques cas la violence physique. Le célèbre mindfuck.  Le vampirisme énergétique conscient ou non, qui nous rend vide et fatigué.

« En fait c’est assez complexe car les relations sont  toxiques de manière inconsciente. Prenons l’exemple de ma mère : le fait qu’elle était dépressive et à bout de force la rendait amère. Quand nous étions jeunes, elle rejetait tout sur nous. Pour éviter les claques, je suis devenue l’enfant modèle jusqu’à ce que je grandisse et que je m’affirme. Après quelques années, on lui a diagnostiqué un cancer, maladie qui la fatiguait et la rendait à cran. Depuis, elle s’est reprise sur sa manière de fonctionner… Est-ce le fait que nous ayons grandi? Mais, personnellement c’était juste trop fort pour moi, je n’avais plus la force d’endurer tous ses problèmes. J’allais me perdre, je ne me reconnaissais plus puis je suis partie, et depuis je suis une autre personne. Disons que les relations toxiques ça forge.» – Lis.

 « Forcément, on ne s’en rend pas compte sur le coup. Personne n’est parfait, tu ne te dis pas que cette personne que tu estimes être ton ami puisse te faire du mal. La critique, la jalousie.. Ensuite, on remarque l’incohérence. Puis, vient ce moment où l’on profite de toi ouvertement : on te demande toujours plus mais toi tu obtiens beaucoup moins. Et tous les problèmes viennent de toi alors que tu n’as rien fait. »  – Cho.

 Selon mes propres expériences, après deux amitiés qui m’ont détruit moralement, je me suis demandé qu’est ce qui pouvait changer. Comment je pouvais m’imposer une certaine conduite ? Plus précisément, comment mettre un terme définitif à ce genre de relations ? – Je n’ai pas besoin de reconnaître la toxicité, je veux l’éviter. –  La première chose qui m’est venu à l’esprit : la confrontation. En fait, il fallait que je confronte ces personnes à leurs propres défauts, à ce qui n’allait pas chez eux en prenant le soin d’utiliser les mots qui convenaient le mieux à la situation. « Tu as une attitude nocive pour moi ». Avec franchise, et peut-être de manière blessante. « Tu n’es pas une bonne personne, tu m’empoisonnes ». Et la phrase la plus dure à avouer, mais qui m’a tellement soulagé « Tu es un poison pour ton entourage ». Parce qu’avant de m’éloigner, il fallait que je sois honnête et que je puisse me détacher de cette putain de culpabilité. Une belle façon de me casser la tête haute et de tourner une page. – Non, ce n’était pas moi le problème cette fois-ci, c’était bien Toi. Laisser. Relâcher. Stopper. S’en aller.

L’étape de la confrontation a été bien plus productive que je ne le pensais, puisqu’elle m’a conduit à une seconde étape : l’auto-confrontation.  Il n’était pas question d’imaginer que j’avais toujours eu raison et qu’ils avaient toujours eu tort. Il n’était pas question de gonfler mon orgueil. Il fallait une reconstruction, un nouvel agencement, de l’ordre dans ce bordel relationnel. « Tu mérites de rencontrer des personnes aussi loyales et sincères que toi devras l’être » « Tu mérites ». Et pour me réconcilier avec moi-même, j’ai acheté plusieurs miroirs. (Mdr). Chaque fois, que je manquais de tolérance, je me regardais à travers chacun de ces miroirs. C’était une façon de me dire que partout et ailleurs, je rencontrerai des gens qui me renverront cette image ou non de moi-même. Que ce que je refusais d’observer dans mon comportement était peut-être ce qui m’attirait dangereusement chez les autres. Et que seuls les gens qui ne tenteraient pas d’exercer une contrainte ou une domination, mériteraient que je m’intéresse à eux. A partir de ce moment, j’étais prête pour une mise à jour de mon cerveau, avec l’installation d’un système de tri sélectif : Mauvaise personne/ Bonne personne, Abus/ Sincérité, Attitude normale / Attitude anormale. Ce que je mérite/ Ce que je n’ai pas à subir. Par la suite, j’ai remarqué une chose : mon cercle d’amis s’est restreint, mes relations ont grandi, j’ai grandi. Tout est clair et précis. Tout sentiment de culpabilité s’est effacé. C’est donc ce que j’ai nommé la confrontation à double sens : confronter l’ennemi, puis me confronter moi-même. Ce qui peut amener les mots Confiance, Sûreté, Estime de soi et Épanouissement. Qui permet de poser des limites au contact humain, d’adopter un regard réaliste, et de s’éloigner de tout vampirisme. Rappelez- vous qu’une sangsue peut vous débarrasser du mauvais sang mais également vous développer une infection.  Et étrangement, une fois que le tri est fait, on se retrouve entouré par ces mêmes personnes positives qui pensent comme nous, qui nous permettent de progresser, étant capables de nous donner autant d’amour et de respect qu’ils en reçoivent de notre part.Alors, si vous me demandez quels sont mes problèmes actuels, je dirai simplement que j’ai dix milles problèmes mais aucun d’entre eux n’est relationnel.

« Comment ces personnes qui sont censés vous aider peuvent vous faire tant de mal ? Pourquoi ne pourrions- nous pas tous fonctionner afin de contribuer au bien être de chacun ?  » – Mao.

  Tessa Naime.

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