Le pacte (2)

 J’ouvre les yeux lentement.. Frappées par la lumière, mes paupières peinent à se relever complètement. J’abandonne. Puis je répète le mouvement plus d’une fois… Une douleur oculaire m’arrache brutalement ma fatigue. C’est pénible. Où suis-je ? Je me redresse avec difficulté, cette putain de lumière m’aveugle encore. Tout est blanc. Trop blanc. Je pose un pied sur le sol froid, il se heurte à un objet pointu.  » Aïe ! » Des frissons. L’impression que ma tête est sur le point d’exploser, quelque chose me tire à l’intérieur du crâne. Après des minutes d’hésitation, mon corps se décide à bouger doucement. Un petit picotement au bras droit stoppe mon geste, et là je remarque une tubulure de perfusion. Je regarde autour de moi… Une chaise, une porte à demi-ouverte donnant sur un couloir. Des gens passent, se précipitent,  je prends du temps à comprendre qui ils sont. Une infirmière, je suppose, entre dans la chambre  « Ne bougez pas, vous êtes encore épuisés. Vous devriez vous reposer ». Inutile d’être au petits soins madame…! Elle insiste « Madame, vous devriez… » Je me lève après avoir arraché ma perfusion sans un regard pour mon interlocutrice. Je saisis mon manteau posé avant de me rendre compte que mes vêtements se cachent en dessous. Avec quelques nausées, je peine à m’habiller, puis à marcher. Je longe les couloirs la main droite prenant appui sur chaque mur. Il fait froid. J’aperçois mon reflet en passant devant une porte vitrée. Les cheveux désordonnés, la mine effrontée, le teint pâle, voire trop pâle. J’adoucis mes lèvres desséchées avec ma langue, leur goût salé réveille ma faim.  Quelques minutes après, je me retrouve dans la St James’s Street, la rue principale de mon appartement. C’est comme un automatisme, je marche sans réfléchir, tous mes pas sont précis et guidés par l’habitude. Je passe le parc, la Chapelle royale, la boulangerie du coin puis le terrain de foot encore occupés par des jeunes du quartier et me voilà arrivée à destination.

Mon appartement se situe dans le quartier St james’s de Londres dans le district de la cité de Westminter. C’est encore l’un des endroits les plus sélects, où l’on peut trouver sûrement les clubs les plus luxueux et prestigieux. Je ne sais même plus comment tout ceci a débuté, comment je me suis retrouvée ici avec une fortune héritée de mon grand-père. Mes parents sont morts dans un accident de voiture, ce souvenir me paraît lointain maintenant. J’avais seulement quatre ans, et je n’avais aucune idée de l’enfer qui m’attendait ensuite. Placée dans trois familles d’accueil différentes, je me suis habituée à l’absence. Et tout se passait bien jusqu’à cette rencontre inattendue…

Un jour, je me promenais au Green Park situé non loin de mon quartier, un joli espace de verdure ayant servi de potager durant la seconde guerre mondiale. Il n’y avait personne, il était tard et le temps, un peu lunatique. J’étais donc là, sans but précis, juste avec cette envie de prendre l’air. Peut-être un peu contrarié de me retrouver sans valentin, un 14 février. Un bruit ! Si proche de moi. Je me retournai brusquement comme si quelque chose ou quelqu’un m’avait frôlé. En fait, je ne vis rien, juste quelques feuilles au sol et l’ombre d’un arbre. Pourtant j’étais sûre et certaine d’avoir senti une présence. IL murmura mon prénom « Mary » . Je sursautai ! Je fis mine de poursuivre mon chemin. Il murmura à nouveau « Mary… » Je marchai encore plus vite, me dirigeant vers la sortie du parc, mais plus je pensais me rapprocher et plus je reculais. Tout s’allongeait autour de moi. Un cri strident me surprit. Je criai à mon tour «  C’est qui ?! » . IL prit ma main caressant mes doigts tendrement et j’eus des frissons quand il murmura une troisième fois « Oh ! Mary… » . C’était bizarre. Intense à la fois. Je n’avais jamais ressenti ça autrefois. J’aimais cette présence inhumaine, ses doigts caressaient mon corps comme un passionné caresse son violon… Puis je m’allongeai sur le sol froid, il me déshabilla avec amour. Je sentais son souffle dans mon cou, il était sans odeur. Ses lèvres se posèrent sur les miennes. Des lèvres sans goût. Et il me pénétra. Cette chose me fit l’amour comme un fou… J’eus l’impression que ce plaisir dura des heures et des heures.

Le lendemain, je me réveillai dans mon lit, recouverte par mon drap de la tête au pieds. Je ne savais plus si j’avais rêvé ou si c’était bien réel. Un petit mot écrit d’une main maladroite, sur ma table de chevet confirma mes soupçons. «  Mary… »

  Tessa NAIME

 

2 Comments

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  1. C’est comme un court métrage c’est très bien je suis fière de ton boulot jusqu’à présent et bonne st Valentin.

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  2. J’ai trop envie de connaître la suite!! Le suspense es t enivrant

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